Les Feuilles

Super
49 rue de Maubeuge
75009 Paris
www.post-super.fr
29 novembre - 20 décembre 2008
Vernissage vendredi 28 novembre, de 18h à 21h
&
Palais de Tokyo (Module)
www.palaisdetokyo.com
5 décembre 2008 - 4 janvier 2009
Vernissage jeudi 4 décembre 2008, à partir de 18h


William Hogarth, Satire on False Perspective, 1753

Barbara Bloom
Robert Breer
Isabelle Cornaro
Julien Crépieux
Aurélien Froment
Ryan Gander
Mark Geffriaud
Jiří Kolář
Benoît Maire
Clément Rodzielski
Raphaël Zarka


Sergueï Paradjanov, Sayat Nova, La Couleur de la grenade, 1969

Au départ de cette exposition, il y a la critique du film Sayat Nova, La Couleur de la grenade (1969) de Sergueï Paradjanov publiée dans Libération en 1982 par Serge Daney et portée à notre connaissance par Isabelle Cornaro à l’occasion de Quatre Livres, soirée de lecture conçue à l’invitation de Section 7 Books et Kadist Art Foundation en février 2008 et inscrite dans la programmation de « 220 jours ».

Succession de tableaux vivants dont la construction s’apparente aux techniques de représentations picturales comme aux procédés du collage, Sayat Nova raconte sur un mode allégorique différents épisodes de la vie de ce poète arménien du XVIIIe siècle. Dans un rapport quasi fétichiste aux objets et à leurs relations, Paradjanov filme chaque plan dans une frontalité nette, sans concession. La profondeur est gommée en fixant un fond à l’image : « il m’a semblé qu’une image statique, au cinéma, peut avoir une profondeur telle une miniature, une plastique et une dynamique internes » (Sergueï Paradjanov).

Référence à l’art médiéval et à la conception de la représentation de l’espace à cette époque, chaque scène de ce film-exposition est composée par un feuilletage de plans superposés à partir d’une surface d’inscription définissant un rythme de lecture particulier : le temps est exprimé par l’espace, et l’espace en une juxtaposition de lieux qui constituent autant de moments différents de l’histoire. Pour reprendre les termes de Serge Daney, « dans cette série d’icônes-séquences, une image ne suit pas l’autre, elle la remplace. Il n’y a pas de mouvement de caméra dans ce film, pas de liens entre les images. Nous sommes leur seul point commun. »

Si par extension nous sommes effectivement le seul point commun des (chaînes d’)images qui nous entourent, comment éprouver leur construction et les relations qu’elles entretiennent aux autres – passées, présentes et à venir – ainsi qu’aux espaces de représentation dans lesquelles elles s’insèrent ?

Des discussions avec les artistes qui ont entre autres animé l’exposition « 220 jours » au texte de Daney en passant par le film de Paradjanov, la construction d’un espace-temps particulier du regard a inspiré l’exposition « Les Feuilles ». En invitant des artistes de différentes générations dont les œuvres interrogent – à nos yeux - l’origine, la transmission et la circulation des images, des formes, des histoires par des opérations de cadrage, de montage et de collage, nous avons souhaité mettre en perspective, en multipliant les points de fuite, différents types de construction du visible.

Par le choix d’une perspective, l’auteur d’une image révèle en quelque sorte sa vision du monde, la façon dont il envisage de le faire voir, et la place qu’il s’est lui-même attribuée par rapport à cet espace. Répartie en deux espaces d’exposition parisiens – dans un Module du Palais de Tokyo et à Super – cette exposition articule des parcours et des points de vue dans lesquels les images, les objets, les sujets s’enchaînent les uns aux autres dans un déroulement discontinu pour finir par se raccorder dans notre imagination, éventuellement.